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1902

A UNE PETITE STATUE CHALDÉO-

Lucie DELARUE-MARDRUS

Toi qui n'eus qu'un passé d'idole humble et fragile, Voici que, dans la gaine étroite des contours, Nourris de l'or des dieux et du granit des tours, Les siècles font un socle à ta gloire d'argile.

Clouée au mur sourit ton apparition, Et le regard songeur et pieux qui t'englobe Croit voir, dans les pâleurs de l'inhumation, La terre de Chaldée encore sur ta robe.

Le fantôme du sombre et royal Orient S'est roidi dans l'horreur tranquille de ta pose, Et, comme en ceux des sphinx que crispe l'ankylose, Dans tes yeux émoussés regarde le Néant.

Mais ton sourire vit, ô roi, prêtre barbare Des longues voluptés du passé fabuleux ! Babylone te coiffe ainsi qu'une tiare Et brûle en cette moue au sens mystérieux.

Et je veux élever mes mains sacerdotales Dont reluit chaque doigt quadruplement bagué, Pour que l'air mécréant de ce temps soit nargué Par leur chair toute nue où pèsent des opales,

Par leur chair d'aujourd'hui dont le geste incrusté S'offre, dans la douceur d'un rite énigmatique, Au calme, à m'ironie, à la perversité Que retrousse à demi ta bouche asiatique…

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