Je veux ici tes mains auprès de mon esprit, Tout comme si leur petite ombre S'allongeait, délicate et sombre, Sur cette page blanche où mon rêve s'inscrit
Venez vivre à jamais, deux mains tout en ivoire, Parmi ces poèmes pieux, Pour que, regardant par mes yeux, Ceux qui liront ceci vous aient en leur mémoire
Elles avaient bercé, ces deux blanches mains-là, Tous les nouveau-nés que nous fûmes, Souvenir perdu 'dans les brumes De la première enfance, insondable au-delà
Elles avaient bercé, puis soigné, des années, Toujours soigné, si doucement. C'étaient bien des mains de maman, Des mains que le devoir faisait passionnées
Elles avaient cousu des milliers de points, Ouvrage blanc des heures lentes, Infatigables, patientes, Toujours cousu pour nous, inventeuses de soins
Elles avaient, tes mains, maman, versé des charmes Aux malades sur l'oreiller ; Et, tristement réfugié, Ton visage, souvent, y avait mis ses larmes
Et, lorsque vint l'horreur longue des derniers jours, — Qu'à jamais mon être en frissonne ! — Ne pouvant plus soigner personne, On les eût dit alors appelant au secours
Petites mortes mains, quand je vous ai croisées Sur cette rose de l'adieu, Mains froides, quand ma bouche en feu, Pour la dernière fois, enfin, vous a baisées,
Comme j'ai bien senti mon cœur dépossédé, Mains d'honnête femme et de dame ! Et, ce dernier regard, quel drame, Chers petits pouces ronds, cher petit doigt du dé !
Mains qui vous dépouillez, à présent, d'heure en heure, Dans le caveau privé de jour, Pour laisser paraître à son tour, Maigre effroyablement, la main intérieure,
Belles mains de maman, ne vous remplaceront Jamais nulle autre humaine paume, O mains désormais de fantôme, Invisible cachet sur ma joue et mon front !
Elle ne savait pas comme elle était jolie, Son active petite main. Quand on le lui disait, elle songeait : « Folie ! » Avec un sourire gamin
Elle nous répondait : « Elle est comme le reste !… » De sa naissance à son tombeau, Elle sera restée éperdûment modeste. Pour elle, tout était trop beau
— Reposez, chères mains qui vous êtes usées A donner tant de soins divers. Reposez à jamais, tranquilles et croisées, Au reliquaire de mes vers.
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