Si vous aimez encore une petite âme Que vous avez eue en mains au temps passé, Qui n'était alors qu'une embryon de femme Mais dont le regard était déjà lassé,
Si vous aimez encore une petite âme, Laissez-la quelquefois revenir encor A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques. Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort
La refaçonner dans vos doigts catholiques, Laissez-là quelquefois revenir encor. Elle n'est pas devenue une chrétienne, Elle est même à présent, comme qui dirait,
Sans foi, ni loi, ni joie, une âme païenne Des temps de décadence où tout s'effondrait. Elle n'est pas devenue une chrétienne. Sa fantaisie a la bride sur le cou.
C'est un bel hippogriffe qu'elle chevauche, Qui de terre en ciel la promène partout Sans plus s'arrêter au bien qu'à la débauche. Sa fantaisie a la bride sur le cou.
Elle a l'œil triste et la bouche taciturne Et quoique parfois ses essors soient très beaux, Comme elle a bu le temps présent à pleine urne, Elle se meurt de spleen, lambeaux par lambeaux.
Elle a l'œil triste et la bouche taciturne. Son dos jeune a le poids du siècle à porter Comme une mauvaise croix, sans cœur d'apôtre Et sans assomption future à monter.
Voilà ce qu'elle est devenue et rien d'autre. Son dos jeune a le poids du siècle à porter. Mais le souvenir parmi d'autres lui reste De vos mains qui la soignaient comme une fleur ;
Et si vous vouliez lui rendre votre geste, Elle pleurerait son mal sur votre cœur, Car le souvenir parmi d'autres lui reste. Lassez-la quelquefois revenir encor
A vous que charmaient ses yeux mélancoliques. Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort La refaçonner dans vos doigts catholiques, Laissez-la quelquefois revenir encor.
Cookies on Poetry Cove