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1951

A mon Cœur

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cette nuit, je m'endors dans la chambre où tout dort, Mais le repos n'est pas parfait. Qu'est-ce qui veille ? Mon cœur ! Ses grands coups sourds vivent dans mon oreille. Certes, la vie est plus étrange que la mort.

Cœur, ô cœur si pressé qui sans cesse travailles Avec cette énergie âpre de forgeron, Cœur tout vivant, fruit remuant de mes entrailles, Qui bats dans tout mon corps, des pieds jusques au front,

Nuit et jour au labeur, quelle est ta résistance ? Quand je repose, toi, même pas assoupi, Inlassable tu suis ton rythme sans répit. Combien de coups frappés, au cours d'une existence ?

Bête vivante, enfant dont on n'accouche pas, Battant de cette cloche creuse, la poitrine, Cœur d'où s'échappe à flots la source purpurine Du sang intérieur courant de haut en bas,

Cœur, moteur acharné de nos faibles personnes, Intime balancier qui mesures le temps, Cœur qui cognes si fort aux instants éclatants, Glas annonciateur qui sonnes, sonnes, sonnes,

Cœur des terrestres, cœur des bêtes et des gens Qui ne reposeras jamais que dans la terre, Quand, après tant de zèle et de soins diligents, Tu seras aussi simple et sage qu'une pierre,

O cœur indépendant de mon vouloir, émoi Perpétuel, énigme éternelle de l'être, O cœur, monstre caché, tu me fais peur, mon maître, Lorsque j'entends, la nuit, ton frappement en moi.

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