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1918

A MADEMOISELLE CHAUVELOT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je salue aujourd'hui, toute petite Odile, Vos trois mois qu'une foule amoureuse défend. Voici donc commencée, aux yeux de tous, l'idylle D'une mère et de son enfant.

Je regarde vos mains et vos pieds de poupée, Votre minime corps au chaud dans des blancheurs. Une si faible place est par vous occupée, O vous qui remplissez des cœurs !

Vos deux yeux d'azur lisse où le regard dévie, Toute une âme à venir secrètement y dort. Vos deux yeux d'azur lisse, ils regardent encor Dans l'infini d'avant la vie.

Petit bébé présent et femme de demain, Votre âme et votre corps pèsent si peu de chose Que l'on peut vous asseoir sans le creux de la main, Guère plus lourde qu'une rose.

Vous êtes tout, pourtant, qui semblez n'être rien. Vous qui continuez une double famille. Odile !… votre nom sent l'Alsace. C'est bien ! Soyez grande, petite fille.

Ressemblez à la sainte auguste, s'ils se peut. Pauvre petit poussin parmi son duvet pâle, Puisque vous porterez un nom de cathédrale, Soyez haute sous le ciel bleu.

Un poète est peut-être une espèce de fée. Je pose mes deux mains sur votre frêle cœur. O dame des trois mois, d'un bonnet rond coiffée, Je vous souhaite le bonheur.

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