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1920

A MA SŒUR DOULOUREUSE

Lucie DELARUE-MARDRUS

La guerre, cette image effroyable, effacée Pour un moment, s'est tue au fond de mon esprit. Mais, à travers mon deuil, voici comme un grand cri De soldatesque trépassée

fous les morts de la guerre, ô malheureux soldats ! Sous le ciel qui frémit, dans la terre qui bouge, Vous voici donc couchés sans cortège et sans glas, Frappés par la grande mort rouge !

La route s'ouvrait vaste où vous pouviez courir. Tout à coup vos vingt ans sont entrés dans l'histoire Mais la mort rouge est belle auprès de la mort noire Être tué n'est pas mourir

Mourir, c'est endurer la peine forte et dure Du mal qui suit son cours et révulse les yeux. Mourir, c'est s'en aller parce que l'on est vieux, C'est obéir à la nature

Tous les morts de la guerre, immense tournoiement. Jeunes spectres bleu-pâle, héroïque cohorte, Vous qui vous débattiez en appelant « maman » ! Accueillez bien ma chère morte

L'au-delà doit trembler de bruits entrechoqués Tant vous l'avez rempli, tous les morts de la guerre ! Pour la conduire, faible et timide, ma mère Aura deux petits—fils casqués

Deux petits-fils, ceux-là qui l'avaient précédée, Rêveurs sacrifiés, non héros triomphants. Ils ont dit à la mort, eux : « Voici notre idée », Elle : « Voici tous mes enfants. »

Je le sais, je le sais, la grande guerre crie. Une mère qui meurt en son temps, ce n'est rien. Mais le plus beau soupir offert à la patrie, C'est : « maman », quand on le dit bien.

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