Les amants sont venus à moi pour m'adorer
Et j'ai cru que chacun allait être mon rêve
Et que j'allais enfin connaître l'heure brève
Où vibrer tout entière et prier et pleurer.
Mais, hélas ! les amants n'ont pas compris mon âme
Et j'ai vu choir tous leurs prestiges tour à tour.
Ils n'ont pas su m'aimer, ils n'ont pas su l'amour,
Ils n'ont pas su l'amante, ils n'ont pas su la femme.
Et je les ai punis de n'avoir pas compris :
J'ai détourné loin d'eux ma bouche et mes caresses,
Je les ai déchirés dans mes mains vengeresses,
Je les ai chassés tous, sanglants et plus épris.
Et je veux demeurer de chair et d'âme vierge ;
Et les amants viendront à moi pour m'adorer ;
Mais implacablement je les ferai pleurer
Et s'en aller, vaincus, de ma hautaine berge.