Honfleur, vieille ville ardoisée Sur l'estuaire aux cent couleurs, Tu portes sue chaque croisée De beaux géraniums en fleurs.
Honfleur, les barques accourues Du fond des hasards de la mer, Toutes voiles dehors, ont l'air De se promener dans les rues.
Honfleur, le poisson, le goudron Sentent fort dans les trous saumâtres ; Mais tu berces dans ton giron L'âme des horizons bleuâtres.
Or voici : petite cité Humble et perdue au bout du monde, Maintenant que la guerre gronde, Nous aurons connu ta bonté.
Au jour que sont venus du large Ces bateaux rouges de soldats, Honfleur, comme tu les aidas A porter leur pesante charge !
Tu n'avais pas assez de mains Pour tendre tes présents, ô ville ! U fus généreuse et civile, Tu connus de grands jours humains.
Quand vinrent des blessés de guerre, Tu renouvelas ton effort. Tous, jusqu'à ta moindre commère, Voulaient donner, donner encor.
Aujourd'hui, la noble Belgique Déverse sur toi ses enfants, Tant de vaincus qu'un sort tragique Fait tout de même triomphants,
Et toi, douce et pleine de grâce, Pour les accueillir, tu souris. Tu veux, puisqu'on leur a tout pris, Qu'ils aient à ton foyer leur place.
Tu veux qu'ils puissent, orphelins, Dire à la destinée amère : « Voici qu'une seconde mère Nous a tendu des bras câlins. »
‒ Salut ma ville ! Tu fus grande, O pauvre petit coin normand ! Nous ignorions ce cœur aimant Qui donne sans qu'on lui demande.
Nous sommes fiers, tous ceux d'ici, D'un tel charme joint à tes charmes. C'est pourquoi nous viennent ces larmes Lorsque nous te disons : « Merci ! »
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