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1918

A DES PARENTS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mourir un jour de mai quand on n'a pas douze ans, Quand on est une heureuse enfant toute dorée !… O parents ! Vous avez l'âme si déchirée Que les mots sont insuffisants.

Elle vous a quittés, la chère petite âme Qui devait vous bercer lorsque vous serez vieux. Elle vous a quittés, la fillette aux yeux bleus Qui ne voulut pas être femme.

Elle qui remplissait toute votre maison, Elle va se coucher dans l'étroite ténèbre… ‒ Ah ! que tout le printemps en pleine floraison Forme sa couronne funèbre !

Le destin qui conduit en tas nos jeunes gens Là-bas où l'on se bat, où l'on brûle, où l'on pille, Pouvait bien vous laisser cette petite fille. Vous n'étiez pas très exigeants.

Ainsi l'on va remplir la campagne de cloches Pour ce fragile corps sombré dans le trépas. Les cloches du baptême étaient encor si proches Qu'on les confond avec ce glas.

… Voilà. Vous n'aurez plus à soigner qu'une tombe. Votre jolie enfant, c'est cela désormais. Pourtant répétez-vous, lorsque le cœur vous tombe, « Elle ne souffrira jamais. »

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