Mourir un jour de mai quand on n'a pas douze ans,
Quand on est une heureuse enfant toute dorée !…
O parents ! Vous avez l'âme si déchirée
Que les mots sont insuffisants.
Elle vous a quittés, la chère petite âme
Qui devait vous bercer lorsque vous serez vieux.
Elle vous a quittés, la fillette aux yeux bleus
Qui ne voulut pas être femme.
Elle qui remplissait toute votre maison,
Elle va se coucher dans l'étroite ténèbre…
‒ Ah ! que tout le printemps en pleine floraison
Forme sa couronne funèbre !
Le destin qui conduit en tas nos jeunes gens
Là-bas où l'on se bat, où l'on brûle, où l'on pille,
Pouvait bien vous laisser cette petite fille.
Vous n'étiez pas très exigeants.
Ainsi l'on va remplir la campagne de cloches
Pour ce fragile corps sombré dans le trépas.
Les cloches du baptême étaient encor si proches
Qu'on les confond avec ce glas.
… Voilà. Vous n'aurez plus à soigner qu'une tombe.
Votre jolie enfant, c'est cela désormais.
Pourtant répétez-vous, lorsque le cœur vous tombe,
« Elle ne souffrira jamais. »