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1905

A CEUX QUI CRIENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ceux qui crient faussement la beauté de la vie Pour ne s'entendre pas pleurer en vérité, A ceux-là je le dis : Sachez en vérité Que la mort est plus haute et belle que la vie !

La mort est éternelle et vous n'en parlez pas ! Moi, j'aime tant la mort que je suis comme l'Ange De la Mort ; et pourtant je ne refuse pas De vivre. Mais la mort est en moi comme un Ange.

Notre peu de beauté vient d'elle : Que vaudraient Nos âmes, nos travaux, l'immortalité même Des plus purs, si la vie n'était rien qu'elle-même ? Sans la brièveté, nuls efforts ne vaudraient.

C'est la mort qui nous rend très grands quand nous le sommes. L'animal ne sait pas qu'il meurt : nous le savons. C'est là ce qui, de nous, fait les dieux que nous sommes… O Tendresse ! O Pensée ! O Désir !… — Nous savons !

Silence à ceux qui crient la beauté de la vie Pour ne s'entendre pas pleurer en vérité ! Je le leur dis : Sachez, sachez en vérité Que c'est la Mort qui fait la beauté de la Vie !

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