Miserere ! Encore une fois, ma colombe, O mon beau trésor adoré, Viens t’agenouiller sur la tombe
Où notre amour est enterré. Miserere ! Il est là dans sa robe blanche ; Qu’il est chaste et qu’il est joli !
Il dort, ce cher enseveli, Et comme un fruit mûr sur la branche, Son jeune front, son front pâli Incline à terre, et penche, penche…
Miserere ! Regarde-le bien, ma colombe, O mon beau trésor adoré, Il est là couché dans la tombe,
Comme nous l’avons enterré, Miserere ! Depuis les pieds jusqu’à la tête, Sans regret, comme sans remord,
Nous l’avions fait beau pour la mort. Ce fut sa dernière toilette ; Nous ne pleurâmes pas bien fort, Vous étiez femme et moi poète.
Miserere ! Les temps ont changé, ma colombe, O mon beau trésor adoré, Nous venons pleurer sur sa tombe,
Maintenant qu’il est enterré. Miserere ! Il est mort, la dernière automne ; C’est au printemps qu’il était né.
Les médecins l’ont condamné Comme trop pur, trop monotone : Mon cœur leur avait pardonné… Je ne sais plus s’il leur pardonne.
Miserere ! Ah ! je le crains bien, ma colombe, O mon beau trésor adoré, Trop tôt nous avons fait sa tombe,
Trop tôt nous l’avons enterré. Miserere ! Il est des graines de rechange Pour tout amoureux chapelet.
Nous pourrions, encor, s’il voulait, Le ressusciter, ce cher ange. Mais non ! il est là comme il est ; Je ne veux pas qu’on le dérange.
Miserere ! Par pitié, fermez cette tombe ; Jamais je n’avais tant pleuré ! Oh ! dites pourquoi, ma colombe,
L’avons-nous si bien enterré ? Miserere !
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