Lorsque John Bull, sanglé d'un jacket excentrique, Le monocle sur l'oeil, la lorgnette au côté, Et de livres sterling abondamment lesté, S'embarqua pour le Sud-Afrique ;
En touriste ravi de suivre son dada, Il embrassa mistress et ses John Bulls en herbe, Puis, calme il écrivit : « Départ. Un temps superbe » Au recto de son agenda.
Il s'en allait chasser par le veldt et la brousse, Et, rien qu'à voir son Lee-Enfield où resplendit L'éclair de ces dums-dums dont le trou s'agrandit, Les fauves en auraient la frousse.
Or, John est revenu ces jours-ci, mais bien las, Les cheveux en broussaille et la cravate en loques, Ayant sali sa manche et perdu ses breloques, Au passage des Tugelas.
À guetter le gibier il a pris la colique, Et ces goddam lions, avec leur rêve fou De prétendre garder leur tête sur leur cou, Ont fait son front mélancolique.
Il a maigri. Son teint rose s'en est allé, Car longtemps pour bifteck il n'a mis dans sa panse Que du biscuit de Ladysmith, chiche pitance, Et des pruneaux de Kimberley.
De tout son attirail chasseur il ne lui reste Qu'une besace avec des guêtres en lambeaux ; Et de son complet neuf en scotch tweed à carreaux Il n'a remporté qu'une veste.
Et maintenant sur son plastron éblouissant Les blanchisseurs de Londre, à grands flots de potasse, S'acharnent, mais en vain, à détruire la trace Des taches de boue et de sang.
Mais bast ! il est content, car du haut des collines Il a vu des couchers de soleil curieux, Tels des héros mourant, la flamme dans les yeux, Et contemplé maintes ruines.
Et, pour le muséum de Hyde Park, il a Recueilli des morceaux de roche granitique, Fûts écroulés, stèles rompus, — débris antique D'une liberté qui fut là.
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