Messieurs, j'ai lu votre Semaine Et ce fut un mets de gala. Le fumet vers vous me ramène, Je viens vous dire : « Touchez-la ! »
J'ai respiré dans votre prose Où l'art au vrai vient s'allier Un parfum connu, quelque chose De charmant et de familier.
Car sous l'énigme des paraphes, Sous les pifs graves ou lutins, J'ai, sans doute à leurs orthographes, Reconnu des frères lointains.
J'ai revu l'ancienne phalange Vierge de rênes et de bâts Qui fit mordre à main sot la fange Dans la grand' plaine des Débats.
Je lamentais vos funérailles Et soudain, à vivre entêtés, Vous faisiez sonner les mitrailles De vos verbes ressuscités.
Et j'ai dit : « Bravo, l'heure est bonne Pour le geste et les beaux exploits : Céans la paresse est félonne, Faites oeuvre de vos dix doigts.
« Taillez en lance votre plume Pour découdre le laid, le faux, Et qu'à votre mèche s'allume L'étincelle de jours nouveaux.
« D'une parole franche et fruste Clouez le mal à son écrou ; Pour aider le règne du juste Matez le règne du gros sou.
« Dans les vieux mots, outre vidée, Mettez le sens neuf et profond ; Soufflez l'amour, gonflez l'idée, Bulle où les avenirs se font.
« Que la prudence soit honnie ; Chargez d'un vigoureux : « Taïhaut ! » La bêtise, la vilenie, Qu'elle soit d'en bas ou d'en haut.
Barbouillez de votre écritoire Les Homais qui, d'un front hardi, Au crétinisme dans l'histoire Ajoutent un tome inédit.
Bonheur ! au lieu de la fadaise De nos feuilles à gros succès, Nous entendrons l'âme française Parler ferme, et parler français.
Et nous aurons la chance insigne De voir, au moins tous les sept jours, La Beauté sans feuille de vigne Et la Vérité sans atours.
Allez ! si votre nouveau thème Scandalise un cerveau transi, Si quelque sot hurle : « Anathème ! » L'esprit humain dira : « Merci ! »
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