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1932

Petit nuage

Louis DANTIN

J'ai vu, dans la splendeur tranquille du couchant, Un nuage d'ouate et de pourpre légère, Tel un vaisseau dont le fantôme s'exagère Sur le fond d'une mer d'améthyste et d'argent ;

Tel un voile de gaze impalpable, flottant À l'aventure, au souffle fou d'une chimère, Ou telle la fumée instable que libère Un encensoir sous une brise palpitant.

Le prisme se jouait dans sa frange irisée, Et je l'imaginais, sur sa route d'azur, Peuplé de rêves doux, d'âmes au geste pur, Tout sonore d'oiseaux et gonflé de rosée.

Le soleil descendait, et la lueur rosée Se fondit dans un gris-perle de clair-obscur, Et le flocon errant, en un contour plus dur, Parut là-haut le globe éteint d'une fusée.

Mais soudain l'Atlantique avide engloutit l'astre, Et, parmi le fracas horrible du canon, Le nuage a vomi, larve atroce et sans nom, Un avion sanglant ferré pour le désastre.

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Petit nuage · Louis DANTIN · Poetry Cove