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1932

Fabliau

Louis DANTIN

L'autre jour, dans le parc insigne Que j'ai près de Kor-el-Fantin, J'errais sous la palme et la vigne Moites des perles du matin.

Croyant ma paresse isolée, Je flânais sans hâte et sans but ; Soudain, au détour d'une allée Un couple étrange m'apparut.

C'était une très jeune fille Au regard rieur et taquin, Penchée au long de la charmille Avec une paille à la main.

L'autre était un escargot morne Qui de son heaume ténébreux, Faisait saillir sa double corne En un effort aventureux.

La larve étirait ses antennes Comme après un pesant sommeil, Vers les atmosphères lointaines, Vers l'inconnu, vers le soleil.

À tâtons, d'aurore grisée, Folle d'un espoir glorieux, Elle aspirait à la rosée Et scrutait l'infini des cieux.

Elle allait aimer, être libre !… Mais le petit monstre têtu, L'enfant, sans broncher d'une fibre, La piquait avec son fétu.

Et la malheureuse limace, Étreinte d'un effroi subit, Rentrait vite en sa carapace Et se renfrognait dans sa nuit.

Moi, je songeais sous la tonnelle Que, par votre dédain moqueur, Ainsi vous avez fait, cruelle, Se recroqueviller mon coeur.

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