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1932

Âme-Univers

Louis DANTIN

En mon âme, comme en des jours, Flottent, lumières nuancées, Des rayons qui sont des amours, Des reflets qui sont des pensées.

En mon âme, comme en des nuits, Errent, au caprice des songes, Des spectres qui sont des ennuis, Des sylphes qui sont des mensonges.

En mon âme, comme en des cieux, Évoluent en orbes de flammes Des étoiles qui sont des yeux Et des lunes qui sont des âmes.

En mon âme, pareille au temps, Se succèdent, flot monotone, Des fièvres qui sont le printemps Et des frissons qui sont l'automne.

En mon âme, comme aux jardins, Se frôlent, en l'émail des vases, Des glaïeuls qui sont des dédains Et des lis qui sont des extases.

En mon âme, comme aux prés verts, Papillonnent, buvant les sèves, Des linottes qui sont des vers Et des merles qui sont des rêves.

En mon âme, comme en les bois, Glissent, aux surprises des routes, Sous des chênes qui sont mes fois Des reptiles qui sont des doutes.

En mon âme, comme aux lavoirs, Se déchirent, en troupes blêmes, Des brebis qui sont des espoirs Et des loups qui sont des blasphèmes.

En mon âme, comme zéphirs Ou ruisseaux à l'ombre des charmes, Coulent des brises de soupirs Et des sources qui sont des larmes.

En mon âme, comme en les flots, Se soulèvent, mouvantes plaines, Des vagues qui sont des sanglots, Des tempêtes qui sont des haînes.

En mon âme, comme aux enfers, Vont, rivés, aux squelettes caves, Des souillures qui sont des fers Et des remords qui sont des laves.

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