J'errais, lassé, sur une grève Rude, sans ombre et sans chemin ; J'ai vu venir, comme en un rêve, Deux soeurs qui se donnaient la main.
Leur pas était ferme et paisible, Leurs yeux étaient calmes et doux, Malgré qu'une charge invisible Parfois fît ployer leurs genoux.
Leur front reflétait la lumière D'un espoir intime et vainqueur Quoiqu'une larme à leur paupière Jaillît des sources de leur coeur.
Leurs cheveux, à la brise folle Flottaient, pénétrés de rayons, Et dans l'azur leur auréole Semblait tracer de clairs sillons.
Mais derrière elles, tache sombre Sur l'argent des sables déserts, L'âpre soleil projetait l'ombre Des maux qu'elles avaient soufferts.
Je respirai sur leur passage Des fleurs aux étranges parfums ; C'étaient, fanés à leur corsage ; Les lis de leurs amours défunts.
L'une était sérieuse et blonde ; Son regard scrutait fixement Quelque énigme obscure et profonde Au fond du lointain firmament.
Elle marchait, sereine et sûre, Vers l'inaccessible horizon, Portant aux traits de sa figure Le Vouloir avec la Raison.
Et dans sa lèvre confiante Et dans son col presque hautain Se devinait l'âme vaillante En lutte contre le Destin.
L'autre, brune, était plus rêveuse : Son sein se gonflait d'un soupir Vers quelques île mystérieuse, Là-bas, sur la mer de saphir ;
Vers l'Ile idéal et choisie Où, pour faire un baume aux douleurs, La Tendresse et la Poésie Croîtraient partout comme des fleurs.
Toutes deux d'un cruel caprice Semblaient porter le joug trop lourd : L'une en vain cherchant la justice Et l'autre regrettant l'Amour.
Moi, soudain, de ma rêverie Suivant les mystiques chaînons, Je disais : Hélène et Marie, Que je sentais être leurs noms.
Et sans que j'eusse, ce me semble, Vers elles rapproché mes pas, Désormais nous marchions ensemble Et notre coeur n'était plus las.
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