Skip to content
1908

Réconciliation

Charles CROS

J'ai fui par un soir monotone, Pardonne-moi ! — Je te pardonne, Mais ne me parle de personne. — Il m'a trompée avec sa voix,

Il m'a menée au fond des bois ; Mais aujourd'hui, je te revois. — Ne parle de personne, chère ! Respirons la brise légère

Et l'oubli de toute chimère. — Oui, l'oubli ! tu dis vrai. Le jour Finit rose pour mon retour ; Je te dois cette nuit d'amour.

— La nuit d'amour est toute prête ; Nous avons du vin pour la fête Et la folie est dans ma tête. — Ta chambre est chaude comme avant

Et l'on entend le bruit du vent Qui nous endormait en rêvant. — Tu me parais encor plus belle ; Plus fièrement ta chair rebelle

Gonfle ton corsage en dentelle. — Tu deviens pâle, mon ami ! Viens dans le lit ; noyons parmi Nos baisers ton cœur endormi.

— Mais j'ai perdu mon cœur en route ; Mon sang est tombé goutte à goutte Et ma chair triste s'est dissoute. — Hélas ! à chaque vêtement

Que tu quittes, mon doux amant, Je vois tes os gris seulement. — Pouvais-je te laisser seulette Au lit ? Voici la nuit complète.

— Oh ! Va-t'en loin de moi, squelette ! — C'est que, vois-tu, j'ai bien souffert, J'étais comme un héros de fer. Hors de tes bras c'était l'enfer.

— Va-t'en ! Oh ! tout mon corps frissonne ! Ne me parle plus de personne. — Entends comme mon crâne sonne. Tu l'as vidé par tes péchés ;

Mes os sont bien mal attachés, Nous serons mieux étant couchés. J'égrène toutes mes vertèbres Et toi, blanche dans les ténèbres,

Tu meurs de mes baisers funèbres. Tes regards furent imprudents ; Tu meurs de mes baisers ardents Sans lèvres autour de mes dents.

Te voilà morte, blanche et rose, J'ai souffert : ma souffrance est close ; Tout martyr enfin se repose…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Réconciliation · Charles CROS · Poetry Cove