Skip to content
1879

Possession

Charles CROS

Puisque ma bouche a rencontré Sa bouche, il faut me taire. Trêve Aux mots creux. Je ne montrerai Rien qui puisse trahir mon rêve.

Il faut que je ne dise rien De l'odeur de sa chevelure, De son sourire aérien, Des bravoures de son allure,

Rien des yeux aux regards troublants, Persuasifs, cabalistiques, Rien des épaules, des bras blancs Aux effluves aromatiques.

Je ne sais plus faire d'ailleurs Une si savante analyse, Possédé de rêves meilleurs Où ma raison se paralyse.

Et je me sens comme emporté, Épave en proie au jeu des vagues, Par le vertige où m'ont jeté Ses lèvres tièdes, ses yeux vagues.

On se demandera d'où vient L'influx tout-puissant qui m'oppresse, Mais personne n'en saura rien Que moi seul… et l'Enchanteresse.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Possession · Charles CROS · Poetry Cove