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1879

II

Charles CROS

Nous nous sommes assis au bois Dans les clairières endormantes. Mon esprit naguère aux abois Se rassure à l'odeur des menthes.

Le vent, qui gémissait hier, Aujourd'hui rit et me caresse. Les oiseaux chantent. Je suis fier, Car j'ai retrouvé ma maîtresse.

La rue a de joyeuses voix, Les ouvrières sous leurs mantes Frissonnent, en courant. Je vois Les amants joindre les amantes.

Aux cafés, voilà le gaz clair, Lumière vive et charmeresse. Il y a du bonheur dans l'air, Car j'ai retrouvé ma maîtresse.

Et dans tes bras, sur tes seins froids, J'ai des lassitudes charmantes. Qu'as-tu fait au loin ? Je te crois, Que tu sois vraie ou que tu mentes.

Tes seins berceurs comme la mer, Comme la mer calme et traîtresse, M'endorment… Plus de doute amer ! Car j'ai retrouvé ma maîtresse.

A toi, merci ! chemin de fer, J'étais seul ; mais un soir d'ivresse, Tu m'as tiré de cet enfer, Car j'ai retrouvé ma maîtresse.

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