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1879

A une jeune fille

Charles CROS

Pourquoi, tout à coup, quand tu joues, Ces airs émus et soucieux ? Qui te met cette fièvre aux yeux, Ce rose marbré sur les joues ?

Ta vie était, jusqu'au moment Où ces vagues langueurs t'ont prise, Un ruisseau que frôlait la brise, Un matinal gazouillement.

Comme ta beauté se révèle Au-dessus de toute beauté, Comme ton cœur semble emporté Vers une existence nouvelle,

Comme en de mystiques ardeurs Tu laisses planer haut ton âme. Comme tu te sens naître femme A ces printanières odeurs,

Peut-être que la destinée Te montre un glorieux chemin ; Peut-être ta nerveuse main Mènera la terre enchaînée.

A coup sûr, tu ne seras pas Épouse heureuse, douce mère ; Aucun attachement vulgaire Ne peut te retenir en bas.

As-tu des influx de victoire Dans tes beaux yeux clairs, pleins d'orgueil, Comme en son virginal coup d'œil Jeanne d'Arc, de haute mémoire ?

Dois-tu fonder des ordres saints, Être martyre ou prophétesse ? Ou bien écouter l'âcre ivresse Du sang vif qui gonfle tes seins ?

Dois-tu, reine, bâtir des villes Aux inoubliables splendeurs, Et pour ces vagues airs boudeurs Faire trembler les foules viles ?

Va donc ! tout ploiera sous tes pas, Que tu sois la vierge idéale Ou la courtisane fatale… Si la mort ne t'arrête pas.

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