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CHAPITRE XXVIII

Pierre CORNEILLE

Mon fils, si quelques-uns forment des sentiments Qui soient à ton désavantage, S'ils tiennent des discours, s'ils font des jugements Qui ternissent ta gloire et te fassent outrage,

Ne t'en indigne point, n'en fais point le surpris : Quels que soient leurs mépris, Ton estime pour toi doit être encor plus basse ; Tu dois croire, au milieu de leur indignité,

Quelque puissante en toi que tu sentes ma grâce, Qu'il n'est foiblesse égale à ton infirmité. Si dans l'intérieur un bon et saint emploi Te donne une démarche forte,

Tu ne prendras jamais le mal qu'on dit de toi Que pour un son volage et que le vent emporte. Il faut de la prudence en ces moments fâcheux ; Et celle que je veux,

Celle que je demande, est qu'on sache se taire, Qu'on sache au fond du cœur vers moi se retourner, Sans relâcher en rien son allure ordinaire, Pour chose que le monde en veuille condamner.

Ne fais point cet honneur aux hommes imparfaits, Que leur vain langage te touche ; Ne fais point consister ta gloire ni ta paix En ces discours en l'air qui sortent de leur bouche.

Que de tes actions ils jugent bien ou mal, Tout n'est-il pas égal ? Ton âme en devient-elle ou plus nette ou plus noire ? En as-tu plus ou moins ou d'amour ou de foi ?

Et pour tout dire enfin, la véritable gloire, La véritable paix, est-elle ailleurs qu'en moi ? Si tu peux t'affranchir de cette lâcheté, Dont l'esclavage volontaire

Cherche à leur agréer avec avidité, Et compte à grand malheur celui de leur déplaire, Tu jouiras alors d'une profonde paix, Et dans tous tes souhaits

Tu la verras passer en heureuse habitude. Les indignes frayeurs, le fol emportement, C'est ce qui dans ton cœur jette l'inquiétude, C'est ce qui de tes sens fait tout l'égarement.

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