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CHAPITRE XLVII

Pierre CORNEILLE

Ne te rebute point, mon fils, de ces travaux Que l'ardeur de ton zèle entreprend pour ma gloire ; Ne te laisse jamais abattre sous les maux Qui te veulent des mains enlever la victoire.

En quelque triste état que leur rigueur t'ait mis, Songe à ce que je t'ai promis, Reprends cœur là-dessus, espère, et te console : Je rendrai tes desirs pleinement satisfaits,

Et j'ai toujours de quoi dégager ma parole Par l'abondance des effets. Tu n'auras point ici longtemps à te lasser, Tes douleurs n'y sont pas d'une éternelle suite :

Un peu de patience, et tu verras passer Ce torrent de malheurs où ta vie est réduite. Un jour, un jour viendra que ce rude attirail De soins, de troubles, de travail,

Fera place aux douceurs de la paix desirée : Cependant souviens-toi que les maux les plus grands Ne sont que peu de chose, et de peu de durée, Quand ils cessent avec le temps.

Applique à me servir une assiduité Qui de ce que tu dois jamais ne se dispense ; Travaille dans ma vigne avec fidélité, Et je serai moi-même enfin ta récompense.

Écris, lis, chante, prie, et gémis tout le jour, Garde le silence à son tour, Supporte avec grand cœur tous les succès contraires : Leur plus longue amertume aura de doux reflus,

Et la vie éternelle a d'assez grands salaires Pour être digne encor de plus. Oui, tu verras un jour finir tous ces ennuis ; Dieu connoît ce grand jour, qu'autre ne peut connoître :

Tu ne verras plus lors ni les jours ni les nuits, Comme ici tu les vois, s'augmenter ou décroître ; D'une clarté céleste un long épanchement Fera briller incessamment

D'un rayon infini la splendeur ineffable ; Et d'une ferme paix le repos assuré Versera dans ton cœur le calme invariable Que ces maux t'auront procuré.

Tu ne diras plus lors : « qui pourra m'affranchir De la mort que je traîne, et des fers que je porte ? » Tu ne crieras plus lors : « faut-il ainsi blanchir ? Faut-il voir prolonger mon exil de la sorte ? »

La mort, précipitée aux gouffres du néant, N'aura plus ce gosier béant, Dont tout ce qui respire est l'infaillible proie ; Et la santé sans trouble et sans anxiété

N'y laissera goûter que la parfaite joie D'une heureuse société. Que ne peux-tu, mon fils, percer jusques aux cieux, Pour y voir de mes saints la couronne éternelle,

Les pleins ravissements qui brillent dans leurs yeux, Le glorieux éclat dont leur front étincelle ! Voyant ces grands objets d'un injuste mépris En remporter un si haut prix,

Eux qu'à peine le monde a crus dignes de vivre, Ta sainte ambition les voudroit égaler, Te régleroit sur eux, et sauroit pour les suivre Jusqu'en terre te ravaler.

Tous les abaissements te sembleroient si doux, Qu'en haine des honneurs où ta folie aspire, Tu choisirois plutôt d'être soumis à tous, Que d'avoir sur un seul quelque reste d'empire.

Les beaux jours de la vie et les charmes des sens, Pour toi devenus impuissants, Te laisseroient choisir ce mépris en partage : Tu tiendrois à bonheur d'être persécuté,

Et tu regarderois comme un grand avantage Le bien de n'être à rien compté. Si tu pouvois goûter toutes ces vérités, Si jusque dans ton cœur elles étoient empreintes,

Tout un siècle de honte et de calamités Ne t'arracheroit pas un seul moment de plaintes : Tu dirois qu'il n'est rien de si laborieux Que pour un prix si glorieux

Il ne faille accepter, sitôt qu'on le propose, Et que perdre ou gagner le royaume de Dieu, Quoi qu'en jugent tes sens, n'est pas si peu de chose, Qu'il faille y chercher un milieu.

Lève donc l'œil au ciel pour m'y considérer, Vois-y mes saints assis au-dessus du tonnerre, Après tant de tourments soufferts sans murmurer, Après tant de combats qu'ils ont rendus sur terre.

Ces illustres vainqueurs des tribulations Goûtent les consolations D'une joie assurée et d'un repos sincère : Assis à mes côtés sans trouble et sans effroi,

Ils règnent avec moi dans le sein de mon père, Et vivront sans fin avec moi.

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