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CHAPITRE VIII

Pierre CORNEILLE

Ne fais point confidence avec toutes personnes, Regarde où tu répands les secrets de ton cœur ; Prends et suis les conseils de qui craint le seigneur ; Choisis tes amitiés, et n'en fais que de bonnes ;

Hante peu la jeunesse, et de ceux du dehors Souffre rarement les abords. Jamais autour du riche à flatter ne t'exerce ; Vis sans démangeaison de te montrer aux grands ;

Vois l'humble, le dévot, le simple, et n'entreprends De faire qu'avec eux un long et plein commerce ; Et n'y traite surtout que des biens précieux Dont une âme achète les cieux.

Évite avec grand soin la pratique des femmes, Ton ennemi par là peut trouver ton défaut ; Recommande en commun aux bontés du très-haut Celles dont les vertus embellissent les âmes ;

Et sans en voir jamais qu'avec un prompt adieu, Aime-les toutes, mais en Dieu. Ce n'est qu'avec lui seul, ce n'est qu'avec ses anges Que doit un vrai chrétien se rendre familier :

Porte-lui tout ton cœur, deviens leur écolier ; Adore en lui sa gloire, apprends d'eux ses louanges ; Et bornant tes desirs à ses dons éternels, Fuis d'être connu des mortels.

La charité vers tous est toujours nécessaire, Mais non pas avec tous un accès trop ouvert : La réputation assez souvent s'y perd ; Et tel qui plaît de loin, de près cesse de plaire :

Tant ce brillant éclat qui ne fait qu'éblouir Est sujet à s'évanouir ! Oui, souvent il arrive, et contre notre envie, Que plus on prend de peine à se communiquer,

Plus cet effort nous trompe, et force à remarquer Les désordres secrets qui souillent notre vie, Et que ce qu'un grand nom avoit semé de bruit Par la présence est tôt détruit.

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