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1873

LA PIPE AU POÈTE

Tristan CORBIÈRE

Je suis la Pipe d'un poète, Sa nourrice, et : j'endors sa Bête. Quand ses chimères éborgnées Viennent se heurter à son front,

Je fume… Et lui, dans son plafond, Ne peut plus voir les araignées. … Je lui fais un ciel, des nuages, La mer, le désert, des mirages ;

— Il laisse errer là son œil mort… Et, quand lourde devient la nue, Il croit voir une ombre connue, — Et je sens mon tuyau qu'il mord.

— Un autre tourbillon délie Son âme, son carcan, sa vie ! … Et je me sens m'éteindre. — Il dort — — Dors encor : la Bête est calmée,

File ton rêve jusqu'au bout… Mon Pauvre !… la fumée est tout. — S'il est vrai que tout est fumée…

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