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1873

ELIZIR D'AMOR

Tristan CORBIÈRE

Tu ne me veux pas en rêve, Tu m'auras en cauchemar ! T'écorchant au vif, sans trêve, — Pour moi … pour l'amour de l'art.

— Ouvre : je passerai vite, Les nuits sont courtes, l'été… Mais ma musique est maudite, Maudite en l'éternité !

J'assourdirai les recluses, éreintant à coups de pieux, Les Neuf et les autres Muses… Et qui n'en iront que mieux !…

Répéterai tous mes rôles Borgnes — et d'aveugle aussi… D'ordinaire tous ces drôles Ont assez bon œil ici :

— A genoux, haut Cavalier, A pied, traînant ma rapière, Je baise dans la poussière Les traces de Ton soulier !

— Je viens, Pèlerin austère, Capucin et Troubadour, Dire mon bout de rosaire Sur la viole d'amour.

— Bachelier de Salamanque, Le plus simple et le dernier… Ce fonds jamais ne me manque : — Tout vœux ! et pas un denier ! —

— Retapeur de casserolles, Sale Gitan vagabond, Je claque des castagnoles Et chatouille le jambon…

— Pas-de-loup, loup sur la face, Moi chien-loup maraudeur, J'erre en offrant de ma race : — Pur-Don-Juan-du-Commandeur. —

Maîtresse peut me connaître, Chien parmi les chiens perdus : Abeilard n'est pas mon maître, Alcibiade non plus !

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