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1873

CHANSON EN SI

Tristan CORBIÈRE

Si j'étais noble Faucon, Tournoierais sur ton balcon… — Taureau : foncerais ta porte… — Vampire : te boirais morte…

Te boirais ! — Geôlier : lèverais l'écrou… — Rat : ferais un petit trou… Si j'étais brise alizée,

Te mouillerais de rosée… Roserais ! Si j'étais gros Confesseur, Te fouaillerais, ô Ma Sœur !

Pour seconde pénitence, Te dirais ce que je pense… Te dirais… Si j'étais un maigre Apôtre,

Dirais : « Donnez-vous l'un l'autre, Pour votre faim apaiser : Le pain-d'amour : Un baiser. » Si j'étais !…

Si j'étais Frère-quêteur, Quêterais ton petit cœur Pour Dieu le Fils et le Père, L'église leur Sainte Mère…

Quêterais ! Si j'étais Madone riche, Jetterais bien, de ma niche, Un regard, un sou béni

Pour le cantique fini… Jetterais ! Si j'étais un vieux bedeau, Mettrais un cierge au rideau…

D'un goupillon d'eau bénite, L'éteindrais, la vespre dite, L'éteindrais ! Si j'étais roide pendu,

Au ciel serais tout rendu : Grimperais après ma corde, Ancre de miséricorde, Grimperais !

Si j'étais femme… Eh, la Belle, Te ferais ma Colombelle… A la porte les galants Pourraient se percer des flancs…

Te ferais… Enfant, si j'étais la duègne Rossinante qui te peigne, SENORA, si j'étais Toi…

J'ouvrirais au pauvre Moi. — Ouvrirais ! —

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