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1874

Tristement

François COPPÉE

Obsédé par ces mots, le veuvage et l'automne, Mon rêve n'en veut pas d'autres pour exprimer Cette mélancolie immense et monotone Qui m'ôte tout espoir et tout désir d'aimer.

Il évoque sans cesse une très longue allée De platanes géants dépouillés à demi, Dans laquelle une femme en grand deuil et voilée S'avance lentement sur le gazon blêmi.

Ses longs vêtements noirs lui faisant un sillage Traînent en bruissant dans le feuillage mort ; Elle suit du regard la fuite d'un nuage Sous le vent déjà froid et qui chasse du nord.

Elle songe à l'absent qui lui disait : « Je t'aime ! » Et, sous le grand ciel bas qui n'a plus qu'un rayon, S'aperçoit qu'avec la dernière chrysanthème Hier a disparu le dernier papillon.

Elle chemine ainsi dans l'herbe qui se fane, Bien lasse de vouloir, bien lasse de subir, Et toujours sur ses pas les feuilles de platane Tombent avec un bruit triste comme un soupir.

— En vain, pour dissiper ces images moroses, J'invoque ma jeunesse et ce splendide été. Je doute du soleil, je ne crois plus aux roses, Et je vais le front bas, comme un homme hanté.

Et j'ai le cœur si plein d'automne et de veuvage Que je rêve toujours, sous ce ciel pur et clair, D'une figure en deuil dans un froid paysage Et de feuilles tombant au premier vent d'hiver.

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