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1925

POUR ÉLISE DUGUÉRET

François COPPÉE

POUR nous tous en qui l’art a mis son étincelle, Le succès est souvent fragile et dure peu ; Mais, vraiment, le Destin fut féroce pour celle Qui, dans quelques instants, vous fera son adieu.

Comme une autre, elle était ardente et courageuse ; Mais jamais le bonheur ne la prit par la main. Et voici qu’elle atteint, la pâle voyageuse, Lasse et les pieds en sang, le terme du chemin.

Fière, elle va, mais triste à donner froid dans l’âme ; Et, dans la morne foule où nous la coudoyons, Nous sommes étonnés que cette pauvre femme Garde un pli de peplum, encor, dans ses haillons.

On fut l’artiste, hélas ! l’héroïne hautaine Du drame ; on eut un nom, pour quelques soirs, vanté. Et puis cela finit comme dans La Fontaine, Et la cigale a faim, qui chanta tout l’été.

Vers quelque mort affreuse, ainsi, sombre et chagrine, Elle allait, quand le sort plaça devant ses pas Une femme au grand cœur, la bonne Séverine, Qui, d’abord, a crié : « Cela ne se peut pas. »

Vite, elle a recueilli la mourante cigale Dans la tiède chaleur de sa douce amitié. Et nous tous, accourus à sa voix musicale, Nous joignons notre effort sincère à sa pitié.

Grands et petits, obscurs ou fameux, tous, en masse, Pour faire un peu de bien, nous nous réunissons. — Chanteuse, j’ai ma voix. — Bouffon, j’ai ma grimace. Nous voici tous ! Voici nos vers et nos chansons !

Quant à la récompense, oh ! que chacun l’obtienne ! Elle sera, pour nous, dans cette fête d’art, Les larmes de bonheur que la tragédienne, En vous disant : Merci ! répandra sur son fard.

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