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1906

Les Trois Roses

François COPPÉE

LE printemps triomphe soudain, Et trois roses, dans le jardin, Se sont ouvertes ce matin. Nouvelles roses de l'année

Qui ne vivrez qu'une journée, Dites-moi votre destinée. — Moi, dit l'une, don d'un amant, Dans la tiédeur d'un sein charmant,

Je dois mourir languissamment. L'autre a dit : — Dans le cimetière, Je dois, près d'un nom sur la pierre, Jeter mon haleine dernière.

Et la troisième a dit : — Le choix De mon sort est meilleur. Je dois M'exhaler au pied de la Croix. Je songe avec mélancolie

A l'amour, si brève folie, Aux morts que trop vite on oublie. Fleurs des amants, fleurs des défunts, Hélas ! vos destins sont communs.

Ils se dissipent, vos parfums. Roses tout à l'heure fleuries, Vous me semblez déjà flétries, Excepté toi, rose qui pries.

Car ton âme suave au Ciel Va monter, rose de l'autel, Et ton parfum est immortel.

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