LE printemps triomphe soudain,
Et trois roses, dans le jardin,
Se sont ouvertes ce matin.
Nouvelles roses de l'année
Qui ne vivrez qu'une journée,
Dites-moi votre destinée.
— Moi, dit l'une, don d'un amant,
Dans la tiédeur d'un sein charmant,
Je dois mourir languissamment.
L'autre a dit : — Dans le cimetière,
Je dois, près d'un nom sur la pierre,
Jeter mon haleine dernière.
Et la troisième a dit : — Le choix
De mon sort est meilleur. Je dois
M'exhaler au pied de la Croix.
Je songe avec mélancolie
A l'amour, si brève folie,
Aux morts que trop vite on oublie.
Fleurs des amants, fleurs des défunts,
Hélas ! vos destins sont communs.
Ils se dissipent, vos parfums.
Roses tout à l'heure fleuries,
Vous me semblez déjà flétries,
Excepté toi, rose qui pries.
Car ton âme suave au Ciel
Va monter, rose de l'autel,
Et ton parfum est immortel.