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1874

Le Printemps

François COPPÉE

C'est l'aurore et c'est l'Avril, Lui dit-il, Viens, la rosée étincelle. — Le vallon est embaumé :

Viens, c'est mai Et c'est l'aube, » lui dit-elle. Et dans le bois abritant Un étang,

Où les chevreuils viennent boire, Ils sont allés, les heureux Amoureux, Suspendre leur balançoire.

Gaîment ils s'y sont assis, Puis Thyrsis Prit les cordes à mains pleines ; Et voilà qu'ils sont lancés,

Enlacés Et confondant leurs haleines. Daphné, prés de son ami, A frémi

D'entendre craquer les branches, Et, prise d'un rire fou, Mis au cou Du brun Thyrsis ses mains blanches.

Mais, fier du fardeau léger, Le berger La regarde avec ivresse Et presse le bercement

Si charmant Qui lui livre sa maîtresse. Elle a son seul point d'appui Contre lui

Qui touche ce que dérobe L'écharpe qu'un vent mutin Du matin Fait flotter avec la robe.

Leurs beaux cheveux envolés Sont mêlés. Ils vont, rasant les fleurettes De leurs jeunes pieds unis ;

Et les nids Là-haut sont pleins de fauvettes. « Un baiser sur tes cheveux, Je le veux

Et je veux que tu le veuilles. —Non, berger, car les grimpants Ægipans Sont là, cachés sous les feuilles.

— Un baiser — qu'il soit moins prompt ! — Sur ton front, Sur ta bouche qui m'attire ! —Non, berger. N'entends-tu pas

Que là-bas Déjà ricane un satyre ? » Ainsi l'ingénue enfant Se défend

Et veut détourner la tête ; Mais, pour augmenter sa peur, Le trompeur Fait voler l'escarpolette ;

Et craintive, et s'attachant Au méchant Qui lâchement en profite, La vierge au regard divin

Bien en vain L'adjure d'aller moins vite. Mais déjà le bercement Lentement

S'affaiblit et diminue. Les enfants se sont assez Balancés, Mais leur baiser continue.

Où ce jeu les mène-t-il ? Très subtil Est Éros, riveur de chaînes, Et, dans le taillis en paix,

Très épais Le gazon au pied des chênes. Sur l'écorce des rameaux En deux mots

Plus d'une idylle est écrite, Et sous les myrtes de Cos Les échos Savent par cœur Théocrite.

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