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1872

La mémoire

François COPPÉE

Souvent, lorsque la main sur les yeux, je médite, Elle m’apparaît, svelte et la tête petite, Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front. Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,

La chère vision que malgré moi j’ai fuie ? Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ? Peut-on comparer même au chant du bengali Son exotique accent, si clair et si joli ?

Est-il une grenade entr’ouverte qui rende L’incarnat de sa bouche adorablement grande ? Oui, les astres sont purs, mais aucun dans les cieux, Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;

Et l’antilope errant sous le taillis humide N’a pas ce long regard lumineux et timide. Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent, Le poète qui veut décrire est impuissant ;

Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie, Ô faculté sublime à l’égal du génie, Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix, Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

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