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1906

En égrenant le Chapelet

François COPPÉE

Prenant le chapelet qui s'use sous mes doigts, Ce soir ; j'ai récité l'Ave dix fois, vingt fois. Ayant péché, j'étais d'une tristesse amère. Mais, simplement, ainsi qu'un fils devant sa mère,

Mains jointes, à genoux, les yeux mouillés de pleurs, J'ai répété : « Priez pour nous, pauvres pécheurs ! » Et dans mon cœur déjà je sens la paix renaître. Je crois, j'espère en Dieu, je sais qu'il est un maître

Miséricordieux, bon, clément, paternel. Pourtant, il est aussi, sur son trône éternel, Mon juge, et quand je songe à ma vie, il me semble Que je suis bien souillé, bien coupable, et je tremble.

Oui, mais la Bonne Vierge est là, qui me défend. Souvenez-vous. Jadis, quand vous étiez enfant Et, pour vous châtier de quelque grave faute, Quand le père irrité se levait, la main haute,

Votre mère arrêtait le bras prêt à frapper. Or, dans le saint récit qui ne peut nous tromper, Jésus-Christ sur la croix, montrant Jean à Marie, Lui dit : « Voilà ton fils ! » C'est pourquoi je la prie,

A l'heure de la mort, d'implorer mon pardon. Car, quand Jésus lui fit ce mystérieux don, Il lui léguait ainsi l'humanité chrétienne Toute entière, et ta mère, ô Seigneur, est la mienne.

Ma mère, intercédez donc pour moi, s'il vous plaît. Dans le creux de ma main, je vois mon chapelet Et, pour moi, ses grains noirs sont comme une semence Qu'avec un grand espoir je jette au ciel immense.

Chaque Ave va bientôt, miracle merveilleux ! S'épanouir aux pieds de la Reine des Cieux Et, suave parfum, ma prière fleurie Montera doucement vers la Vierge Marie.

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