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1906

Chauvinisme

François COPPÉE

J'en conviens. Je suis en retard Avec le rêve humanitaire. J'aime, ô France, ta vieille terre En chauvin, en patriotard.

Des orateurs pleins de faconde, Apôtres de la crosse en l'air, Me hurlent le mot de Schiller : « Nous sommes citoyens du monde !

Hélas ! je l'entendis déjà S'élever, cette clameur vaine. Mais alors, sous un flot de haine, L'invasion nous submergea.

Voilà pourtant qu'on recommence A faire aux vainqueurs les yeux doux. « Peuples frères, embrassons-nous ! » Quelle pitoyable démence !

Ceux de mon âge ont trop vécu. Ce fier pays s'abaisse et rampe ; Et, de colère, sur ta hampe, Tu frémis, ô drapeau vaincu !

Démentis par tant de tueries, Des rhéteurs par la plèbe élus Nous déclarent qu'il ne faut plus De frontières ni de patries.

Chimère ! Songe creux ! Roman !… « Qui donc a la meilleure place Dans ton cœur, — dis, l'enfant qui passe, — Les voisines ou ta maman ? »

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