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1925

AUX ITALIENS, À VICTOR-EMMANUEL

François COPPÉE

SIRE, n’écoutez plus la froide politique ; Ce qu’elle vous a dit, il vous faut l’oublier. Ne faites pas mentir l’opinion publique Qui vous a sacré chevalier.

Le peuple vous a pris pour son indépendance Comme un médiateur, un accord, un lien. Ne lavez pas l’affront fait à votre puissance Avec du sang italien.

Sire, la liberté n’a plus besoin d’hostie Et repousse loin d’elle un sacrifice affreux. Sire, réfléchissez. Amnistie ! Amnistie Pour un soldat trop généreux.

Non. L’humanité, sire, a rejeté ses haines ; Elle abhorre aujourd’hui le sanglant couperet Et voit avec horreur le fossé de Vincennes Comme l’échafaud de Capet.

Je sais du vieux Brutus l’énergie inhumaine. Par son ordre son fils périt exécuté. Italiens, prenez de la race romaine La force, non la cruauté.

Rome, c’était pour lui la moderne Carthage ; Allez-vous maintenant, ingrate nation, Déchirer les lauriers et flétrir le courage De ce moderne Scipion,

De cet homme, ou plutôt ce héros dont le crime Est de s’être pour vous trop vite dévoué, Et, s’il eût obtenu le succès légitime, Que l’on n’eût pas désavoué,

Qui, voyant l’Italie à peine à moitié libre, Ne put poser l’épée et détendre son arc, Qui voulait vous donner et la louve du Tibre, Et le vieux lion de Saint-Marc,

Qui dès longtemps contraint de refouler sa sève, D’un cœur trop valeureux écoutant le conseil Et sentant au fourreau tressaillir son bon glaive, Le fit reluire au soleil !

Comment ! Vous lui feriez cette sanglante injure ! Quoi ! Vous accompliriez la grande iniquité ! Qu’on lui pardonne ! Au nom du ciel, je vous adjure, Au saint nom de la liberté !

Oui, défendez sa vie avec sa renommée ; Allez dire à ce roi que vous avez choisi : « Qu’il soit libre demain, lui comme son armée, Du moins ce qu’on en a saisi.

« Vous, sire, n’ayez pas la mémoire des princes. Ceux qu’on parle aujourd’hui déjà de condamner, Lorsqu’ils eurent conquis Naples et ses provinces, Ne surent que vous les donner.

« Qu’il soit libre ! et surtout point de justice vaine, Point d’exil ; car demain l’Histoire jugera. Et nous ne voulons pas, sire, que Sainte-Hélène Fasse pendant à Caprera. »

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