Comment puis-je vous rendre grâce, O Français d’Alger, à vous tous Qui fûtes si bons et si doux Pour l’humble Poète qui passe ?
Votre beau ciel a peu souri, Par malheur, au pâle malade, Chers hôtes ; mais votre accolade L’a réchauffé, sauvé, guéri.
Aussi l’averse en vain nous noie, En vain gronde et blanchit la mer. Qu’importe l’horreur de l’hiver A celui dont l’âme est en joie !
Au milieu de vous il se sent Dans un délicieux bien-être ; L’accueil si chaud qui le pénètre Remplace le soleil absent.
Il oublie en un rêve tendre, Devant vos femmes aux doux yeux, Qu’il n’est pas d’étoiles aux cieux, Que les roses se font attendre.
Voici deux mois qu’il a quitté Le sol de la mère patrie ; Et déjà, dans votre Algérie, Il est comme un fils adopté.
Ah ! certes, dans la capitale, Voyageur enfin de retour, Il gardera l’ardent amour De votre terre orientale ;
Il redira combien est beau Ce grand pays plein d’espérance Comme il travaille pour la France, Comme il honore le drapeau !
Hélas ! en voyant votre côte S’effacer au loin dans l’azur — Le retour n’étant jamais sûr — Il sera bien triste, votre hôte.
Mais qu’aujourd’hui, du moins, encor Il dise à quel point il vous aime ! L’occasion s’offre ici même, Bons Algériens aux cœurs d’or
Votre ami vient, quand vous rassemble Un acte touchant de pitié. En faveur des infortunés Comme le bien qu’on fait ensemble.
En faveur des infortunés Vous organisez cette fête ; Donnez-y sa place au poète. Qu’il y chante : Donnez ! donnez !
Donnez, sans espoir qu’on vous rende ; Donnez, sans savoir qui reçoit ! Le plus noble geste qui soit, C’est d’ouvrir la main toute grande.
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