J’ai fait, cette nuit-ci, baronne,
Un rêve étrange, mais exquis ;
Les ducs, les comtes, les marquis
Dont l’hommage vous environne,
Ayant tous le cœur très fâché
Que votre bienveillant sourire
Accueillît un porteur de lyre,
Sur ma personne avaient lâché
Toutes les bêtes fantastiques
Qui décorent leurs écussons,
Toute la faune des blasons,
Tous les animaux héraldiques.
Je voyais les lions hissants,
Tirant leurs langues écarlates,
Les dragons, dressés sur leurs pattes,
Venir contre moi, rugissants ;
Les aigles, roulant leurs yeux mornes,
Agiter leur foudre fatal,
Et sur moi, baissant le frontal,
Charger le troupeau des licornes.
Lourdes d’un venin de serpent
Et crachant la flamme et les cendres,
Les guivres et les salamandres
Les suivaient de près en rampant.
Œil qui flambe et gueule qui crie,
Ils se groupaient pour les assauts.
J’allais être mis en morceaux
Par l’horrible ménagerie ;
Mais, devant leur troupeau guerrier,
Vous preniez ma main, douce fée,
Et je les chassais comme Orphée,
Avec un rameau de laurier.