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1925

A MADAME LA BARONNE DE POILLY

François COPPÉE

J’ai fait, cette nuit-ci, baronne, Un rêve étrange, mais exquis ; Les ducs, les comtes, les marquis Dont l’hommage vous environne,

Ayant tous le cœur très fâché Que votre bienveillant sourire Accueillît un porteur de lyre, Sur ma personne avaient lâché

Toutes les bêtes fantastiques Qui décorent leurs écussons, Toute la faune des blasons, Tous les animaux héraldiques.

Je voyais les lions hissants, Tirant leurs langues écarlates, Les dragons, dressés sur leurs pattes, Venir contre moi, rugissants ;

Les aigles, roulant leurs yeux mornes, Agiter leur foudre fatal, Et sur moi, baissant le frontal, Charger le troupeau des licornes.

Lourdes d’un venin de serpent Et crachant la flamme et les cendres, Les guivres et les salamandres Les suivaient de près en rampant.

Œil qui flambe et gueule qui crie, Ils se groupaient pour les assauts. J’allais être mis en morceaux Par l’horrible ménagerie ;

Mais, devant leur troupeau guerrier, Vous preniez ma main, douce fée, Et je les chassais comme Orphée, Avec un rameau de laurier.

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