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1925

A LA MÉMOIRE DE COROT

François COPPÉE

Lorsque le printemps, cette année, Revint sur les ailes d’avril, La campagne fut étonnée Et songea : « Que me manque-t-il ? »

En s’ouvrant, la première rose, Quand vint s’y poser le bourdon, Dit, triste, à l’insecte morose « Ce mois de mai, qu’avons-nous donc ?

Les bleuets et les campanules Furent moins joyeux, cette fois. Les rossignols, aux crépuscules, Eurent des sanglots dans la voix.

Les aubépins que le vent frôle Jetèrent moins gaîment leurs fleurs ; Les bois soupirèrent ; le saule Sembla verser bien plus de pleurs ;

Après une halte plus prompte, L’oiseau s’envola des lilas. Tout enfin semblait avoir honte De sa joie et disait : « Hélas ! »

— Hélas ! si la campagne est prise De ce mystérieux souci, C’est qu’un bonhomme en blouse grise Ne revient plus, ce printemps-ci.

Oui, c’est sans doute qu’elle pense Que Corot, que son vieil ami, Pour faire une aussi longue absence, Doit être à jamais endormi ;

C’est qu’à la ville, bien loin d’elle, Nous avons cloué ce cercueil, Et que de son amant fidèle La nature a droit d’être en deuil.

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