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1790

Traduction de Mnaïs

André CHÉNIER

Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde, La brebis se traînant sous sa laine féconde, Au front de la colline accompagnent les pas, A la jeune Mnaïs, rendez, rendez, hélas !

Par Cybèle et Cérès et sa fille adorée, Une grâce légère, une grâce sacrée. Naguère auprès de vous elle avait son berceau, Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.

Que vos agneaux au moins viennent près de ma cendre Me bêler les accents de leur voix douce et tendre, Et paître au pied d'un roc où, d'un ton enchanteur, La flûte parlera sous les doigts du pasteur.

Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie, Des dons du villageois ma tombe soit fleurie ; Puis, d'une brebis mère et docile à sa main En un vase d'argile il pressera le sein ;

Et sera chaque jour d'un lait pur arrosée La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée. Morts et vivants, il est encor pour nous unir Un commerce d'amour et de doux souvenir.

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