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1790

Traduction de Bion

André CHÉNIER

Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses. Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses. Le cœur qui n'aime rien a beau les implorer, Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.

Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire. C'est ainsi, que toujours elles montent ma lyre. Si je chante les dieux, ou les héros soudain Ma langue balbutie et se travaille en vain.

Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-même S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime. O crédules amants, écoutez donc au moins De vos baisers secrets ces mobiles témoins,

Ces flots d'azur errants sous vos belles Dryades, Byblis, Œnone, Alphée et tant d'autres naïades, Qui murmurent encor de doux gémissements. Tous furent autrefois de crédules amants

Qui, se fondant en pleurs, et changés en fontaines, Par la pitié des dieux serpentent dans vos plaines.

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