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1790

Mnazile et Chloé

André CHÉNIER

Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux Où murmure Zéphyre au murmure des eaux, Parlez ! le beau Mnazile est-il sous vos ombrages ? Il visite souvent vos paisibles rivages.

Souvent j'écoute, et l'air qui gémit dans vos bois A mon oreille au loin vient apporter sa voix. Onde, mère des fleurs, naïade transparente Qui pressez mollement cette enceinte odorante,

Amenez-y Chloé, l'amour de mes regards ! Vos bords m'offrent souvent ses vestiges épars. Souvent ma bouche vient, sous vos sombres allées, Baiser l'herbe et les fleurs que ses pas ont foulées.

Oh ! s'il pouvait savoir quel amoureux ennui Me rend cher ce bocage où je rêve de lui ! Peut-être je devrais d'un souris favorable L'inviter, l'engager à me trouver aimable.

Si, pour m'encourager, quelque dieu bienfaiteur Lui disait que son nom fait palpiter mon cœur ! J'aurais dû l'inviter, d'une voix douce et tendre, A se laisser aimer, à m'aimer, à m'entendre.

Ah ! je l'ai vu ; c'est lui. Dieu ! je vais lui parler ! O ma bouche ! ô mes yeux ! gardez de vous troubler. Le feuillage a frémi. Quelque robe légère… C'est elle ! ô mes regards ! ayez soin de vous taire.

Quoi ! Mnazile est ici ! Seule, errante, mes pas Cherchaient ici le frais et ne t'y croyaient pas. Seul, au bord de ces flots que le tilleul couronne, J'avais fui le soleil et n'attendais personne.

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