« Laisse, ô blanche Lydé, toi par qui je soupire, Sur ton pâle berger tomber un doux sourire, Et, de ton grand œil noir daignant chercher ses pas, Dis-lui : Pâle berger, viens, je ne te hais pas.
« — Pâle berger aux yeux mourants, à la voix tendre, Cesse, à mes doux baisers, cesse enfin de prétendre. Non, berger, je ne puis ; je n'en ai point pour toi. Ils sont tous à Mœris, ils ne sont plus à moi.
Mon visage est flétri des regards du soleil. Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil. J'ai suivi tout le jour le fond de la vallée ; Des bêlements lointains partout m'ont appelée.
J'ai couru : tu fuyais sans doute loin de moi : C'étaient d'autres pasteurs. Où te chercher, ô toi Le plus beau des humains ? Dis-moi, fais-moi connaître Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître,
Pour que je cesse enfin de courir sur les pas Des troupeaux étrangers que tu ne conduis pas. » O jeune adolescent ! tu rougis devant moi. Vois mes traits sans couleur ; ils pâlissent pour toi ;
C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence ; Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance. O jeune adolescent, viens savoir que mon cœur N'a pu de ton visage oublier la douceur.
Bel enfant, sur ton front la volupté réside. Ton regard est celui d'une vierge timide. Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour, Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour.
Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre ; Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre Afin que mes leçons, moins timides que toi, Te fassent soupirer et languir comme moi ;
Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine. Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin Reposer mollement ta tête sur mon sein !
Je te verrais dormir, retenant mon haleine, De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine. Mon écharpe de lin, que je ferais flotter, Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter
Les insectes volants dont les ailes bruyantes Aiment à se poser sur les lèvres dormantes… La nymphe l'aperçoit, et l'arrête, et soupire. Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attire ;
Elle s'assied. Il vient, timide, avec candeur, Ému d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur. Les deux mains de la nymphe errent à l'aventure. L'une, sur son front blanc, va de sa chevelure
Former les blonds anneaux. L'autre de son menton Caresse lentement le mol et doux coton. « Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle.
Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi. Dis, quel âge, mon fils, s'est écoulé pour toi ? Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire ? Aujourd'hui, m'a-t-on dit, tes compagnons de gloire,
Trop heureux, te pressaient entre leurs bras glissants, Et l'olive a coulé sur tes membres luisants. Tu baisses tes yeux noirs ? Bienheureuse la mère Qui t'a formé si beau, qui t'a nourri pour plaire !
Sans doute elle est déesse. Eh quoi ! ton jeune sein Tremble et s'élève ? Enfant, tiens, porte ici ta main. Le mien plus arrondi s'élève davantage. Ce n'est pas (le sais-tu ? déjà dans le bocage
Quelque voile de nymphe est-il tombé pour toi ?) Ce n'est pas cela seul qui diffère chez moi. Tu souris ? tu rougis ? Que ta joue est brillante ? Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente ?
N'es-tu pas Hyacinthe au blond Phébus si cher ? Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter ? Ou celui qui, naissant pour plus d'une immortelle, Entr'ouvrit de Myrrha l'écorce maternelle ?
Ami, qui que tu sois, oh ! tes yeux sont charmants. Bel enfant, aime-moi. Mon cœur de mille amants Rejeta mille fois la poursuite enflammée ; Mais toi seul aime-moi, j'ai besoin d'être aimée.
Mon amour, aime-moi. Sur l'herbe, chaque soir, Au coucher du soleil nous viendrons nous asseoir. » Viens : là sur des joncs frais ta place est toute prête. Viens, viens, sur mes genoux viens reposer ta tête.
Les yeux levés sur moi, tu resteras muet, Et je te chanterai la chanson qui te plaît. Comme on voit, au moment où Phœbus va renaître La nuit prête à s'enfuir, le jour prêt à paraître,
Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami, En un demi-sommeil se fermer à demi. Tu me diras : « Adieu, je dors, adieu, ma belle. — Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidèle,
Car le ............. aussi dort le front vers les cieux, » Et j'irai te baiser et le front et les yeux. Ne me regarde point, cache, cache tes yeux ; Mon sang en est brûlé ; tes regards sont des feux.
Viens, viens. Quoique vivant et dans ta fleur première, Je veux avec mes mains te fermer la paupière, Ou, malgré tes efforts, je prendrai tes cheveux Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux.
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