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1790

IV

André CHÉNIER

Pour entendre ce chœur de cygnes étrangers,Pour entendre ce chœur de cygnes étrangers, Le vaste écho des monts que la Baltique embrasse, Hérissé de forêts, de ses antres de glace Sortit, et, souriant, pour la première fois

Il se plut à s'entendre et méconnut sa voix. Les poètes anglais, trop fiers pour être esclaves, Ont même du bon sens rejeté les entraves. Dans leur ton uniforme, en leur vaine splendeur,

Haletants pour atteindre une fausse grandeur, Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages, Enflés comme la mer qui blanchit leurs rivages, Et sombres et pesants comme l'air nébuleux

Que leur île farouche épaissit autour d'eux, D'un génie étranger détracteurs ridicules Et d'eux-même et d'eux seuls admirateurs crédules, Et certes quelquefois, dans leurs écrits nombreux,

Dignes d'être admirés par d'autres que par eux. C'est cet amour profond que la patrie inspire Qui, sur soi, pour longtemps assied un vaste empire ; Qui, seul, en demi-dieux transforme les soldats,

Qui, seul, avec vigueur fait mouvoir les États, Fait durer leur jeunesse et d'une main divine Les relève déjà penchants vers leurs ruines. L'or offrirait en vain des secours opulents ;

Eu vain même le ciel formerait des talents. Français, notre salut n'a point d'autre espérance ; Français, nous périssons si vous n'aimez la France ; Si vous ne l'aimez plus que ...........................................

Si le bonheur commun n'est pas votre bonheur,Si le bonheur commun n'est pas votre bonheur, Rien, rien que cet amour fraternel et sublime Sous nos pas raffermis ne peut combler l'abîme. Que la France, partout, du jeune homme pieux

Occupe à tout moment et le cœur et les yeux ; Qu'il la voie et lui parle et l'écoute sans cesse ; Qu'elle soit son trésor, son ami, sa maîtresse ; Que même au sein des nuits, d'un beau songe charmé,

Il serre dans ses bras ce simulacre aimé… Français, rougirez-vous de cette humble infamie ? Faudra-t-il voir toujours une race ennemie… Laissons leur jeunesse ............. mélancolique

Au sortir du gymnase, ignorante et rustique, De contrée en contrée aller au monde entier Offrir sa joie ignoble et son faste grossier ; Promener son ennui, ses travers, ses caprices ;

A ses vices, partout, ajouter d'autres vices ; Et présenter aux ris du public indulgent Son insolent orgueil fondé sur son argent. … Nation toute à vendre à qui peut la payer.… Nation toute à vendre à qui peut la payer.

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