J'étais un faible enfant qu'elle était grande et belle ; Elle me souriait et m'appelait près d'elle. Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein,
Et sa main quelquefois, aimable et caressante, Feignait de châtier mon enfance imprudente. C'est devant ses amants, auprès d'elle confus, Que la fière beauté me caressait le plus.
Que de fois (mais, hélas ! que sent-on à cet âge ?) Les baisers de sa bouche ont pressé mon visage ! Et les bergers disaient, me voyant triomphant : « Oh ! que de biens perdus ! O trop heureux enfant ! »
« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes : Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. Hier je me suis mis auprès de mon chevreau :
Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine Faire arriver sa tête au niveau de la mienne. D'une coque de noix, j'ai fait un abri sûr Pour un beau scarabée étincelant d'azur ;
Il couche sur la laine, et je te le destine. Ce matin, j'ai trouvé parmi l'algue marine Une vaste coquille aux brillantes couleurs : Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs.
Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse. Le chien de la maison est si doux ! chaque soir, Mollement sur son dos je veux te faire asseoir ;
Et, marchant devant toi jusques à notre asile, Je guiderai les pas de ce coursier docile. » « O sauterelle, à toi, rossignol des fougères, A toi, verte cigale, amante des bruyères,
Myro de cette tombe élève les honneurs, Et sa joue enfantine est humide de pleurs ; Car l'avare Achéron, les sœurs impitoyables, Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables. »
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