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1784

Nuit d'automne

François-René CHATEAUBRIAND

Mais des nuits d'automne Goûtons les douceurs ; Qu'aux aimables fleurs Succède Pomone.

Le pâle couchant Brille encore à peine ; De Vénus, qu'il mène ; L'astre va penchant ;

La lune, emportée Vers d'autres climats, Ne montrera pas Sa face argentée.

De ces peupliers, Au bord des sentiers, Les zéphyrs descendent, Dans les airs s'étendent,

Effleurent les eaux, Et de ces ormeaux Raniment la sève : Comme une vapeur,

La douce fraîcheur De ces bois s'élève. Sous ces arbres verts, Qu'un vent frais balance,

J'entends en silence Leurs légers concerts : Mollement bercée,Mollement bercée, La voûte presséeLa voûte pressée

En dôme orgueilleuxEn dôme orgueilleux Serre son ombrage, Et puis s'entrouvrant, Du ciel lentement

Découvrent l'image. Là, des nuits l'azur Dans un cristal pur Déroule ses voiles.

Et le flot brillant Coule en sommeillant Sur un lit d'étoiles. Oh ! charme nouveau !

Le son du pipeau Dans l'air se déploie, Et du fond des bois M'apporte à la fois

L'amour et la joie. Près des ruisseaux clairs, Au chaume d'Adèle Le pasteur fidèle

Module ses airs. Tantôt il soupire, Tantôt il désire ; Se tait : tour à tour

Sa simple cadence Me peint son amour Et son innocence. Dans son lit heureux

La pauvre attentive Écoute, pensive, Ces sons dangereux : Le drap qui la couvre

Loin d'elle a roulé, Et son œil troublé Mollement s'entrouvre. Tout entière au bruit

Qui pendant la nuit La charme et l'accuse, Adèle au vainqueur Son aveu refuse

Et donne son cœur.

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