Skip to content
1784

La Forêt

François-René CHATEAUBRIAND

Forêt silencieuse, aimable solitude, Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré ! Dans vos sombres détours, en rêvant égaré, J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !

Prestige de mon cœur ! je crois voir s'exhaler Des arbres, des gazons, une douce tristesse : Cette onde que j'entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.

Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici, loin des humains ! ‒ Au bruit de ces ruisseaux, Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière, Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !

Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles : Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit, Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit, Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts ! A quel amant jamais serez-vous aussi chères ? D'autres vous rediront des amours étrangères ; Moi de vos charmes seuls j'entretiens vos déserts

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.