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1797

L'Esclave

François-René CHATEAUBRIAND

Le vigilant derviche à la prière appelle Du haut des minarets teints des feux du couchant. Voici l'heure au lion qui poursuit la gazelle ; Une rose au jardin moi je m'en vais cherchant.

Musulmane aux longs yeux, d'un maître que je brave Fille délicieuse, amante des concerts, Est-il un sort plus doux que d'être ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers ?

Jadis, lorsque mon bras faisait voler la prame Sur le fluide azur de l'abîme calmé, Du sombre désespoir les pleurs mouillaient ma rame : Un charme m'a guéri : j'aime et je suis aimé.

Le noir rocher me plaît ; la tour que le flot lave Me sourit maintenant aux grèves de ces mers : Le flambeau du signal y luit pour ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers !

Belle et divine es-tu, dans toute ta parure, Quand la nuit au harem je glisse un pied furtif ! Les tapis, l'aloès, les fleurs et l'onde pure, Sont par toi prodigués à ton jeune captif.

Quel bonheur ! au milieu du péril que j'aggrave, T'entourer de mes bras, te parer de mes fers, Mêler à tes colliers l'anneau de ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers !

Dans les sables mouvants, de ton blanc dromadaire Je reconnais de loin le pas sûr et léger ; Tu m'apparais soudain : un astre solitaire Est moins doux sur la vague au pauvre passager ;

Du matin parfumé le souffle est moins suave, Le palmier moins charmant au milieu des déserts. Quel sultan glorieux égale ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers !

Mon pays, que j'aimais jusqu'à l'idolâtrie, N'est plus dans les soupirs de ma simple chanson ; Je ne regrette plus ma mère et ma patrie ; Je crains qu'un prêtre saint n'apporte ma rançon.

Ne m'affranchis jamais ! laisse-moi mon entrave ! Oui, sois ma liberté, mon Dieu, mon univers ! Viens, sous tes beaux pieds nus, viens fouler ton esclave, Toi que je sers, toi que je sers !

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