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1797

A Lydie

François-René CHATEAUBRIAND

Lydie, es-tu sincère ? Excuse mes alarmes : Tu t'embellis en accroissant mes feux ; Et le même moment qui t'apporte des charmes Ride mon front et blanchit mes cheveux.

Au matin de tes ans, de la foule chérie, Tout est pour toi joie, espérance, amour ; Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie Je marche seul et vois finir le jour.

Ainsi qu'un doux rayon quand ton regard humide Pénètre au fond de mon cœur ranimé, J'ose à peine effleurer d'une lèvre timide De ton beau front le voile parfumé.

Tout à la fois honteux et fier de ton caprice, Sans croire en toi, je m'en laisse enivrer. J'adore tes attraits, mais je me rends justice : Je sens l'amour et ne puis l'inspirer.

Par quel enchantement ai-je pu te séduire ? N'aurais-tu point dans mon dernier soleil Cherché l'astre de feu qui sur moi semblait luire Quand de Sapho je chantais le réveil ?

Je n'ai point le talent qu'on encense au Parnasse. Eussé-je un temple au sommet d'Hélicon, Le talent ne rend point ce que le temps efface ; La gloire, hélas ! ne rajeunit qu'un nom.

Le Guerrier de Samos, le Berger d'Aphélie Mes fils ingrats, m'ont-ils ravi ta foi ? Ton admiration me blesse et m'humilie : Le croirais-tu ? je suis jaloux de moi.

Que m'importe de vivre au delà de ma vie ? Qu'importe un nom par la mort publié ? Pour moi-même un moment aime-moi, ma Lydie, Et que je sois à jamais oublié !

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