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1851

PROLOGUE D’UN AUTRE CONTE

Sébastien-Roch-Nicolas CHAMFORT

Je fus toujours un peu républicain ; C’est un travers dans une monarchie. Vous conclurez, certes, que le destin, Sous Louis-Quinze a mal placé ma vie.

Assez long-temps j’en ai gémi tout bas. On me disait : La France est ta patrie, Il faut l’aimer ; cela ne prenait pas. Triste habitant d’une terre avilie,

Je consolais ma pensée ennoblie, En la tournant vers ces climats heureux, Qui présentaient à mon cœur, à mes vœux, La liberté, ma maîtresse chérie.

Je m’étais fait Anglais, faute de mieux. Ou bien, par fois, rêveur, silencieux, Je saluais les monts de l’Helvétie, Cherchant des yeux, dans le simple Apenzel,

L’Égalité, cette fille du ciel, Faite pour l’homme et par l’homme haïe : Péché d’orgueil que son malheur expie.

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