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1851

LES JEUNES GENS DU SIÈCLE

Sébastien-Roch-Nicolas CHAMFORT

Beautés qui fuyez la licence, Évitez tous nos jeunes gens ; L’Amour a déserté la France A l’aspect de ces grands enfans.

Ils ont, par leur ton, leur langage, Effarouché la volupté, Et gardé pour tout apanage L’ignorance et la nullité ;

Malgré leur tournure fragile, A courir ils passent leur temps ; Ils sont importuns à la ville, A la cour ils sont importans ;

Dans le monde en rois ils décident, Au spectacle ils ont l’air méchant ; Partout leurs sottises les guident, Partout le mépris les attend.

Pour eux les soins sont des vétilles, Et l’esprit n’est qu’un lourd bon sens ; Ils sont gauches auprès des filles, Auprès des femmes indécens.

Leur jargon ne pouvant s’entendre, Si leur jeunesse peut tenter Ceux que le besoin a fait prendre, L’ennui bientôt les fait quitter.

Sur leurs airs et sur leur figure Presque tous fondent leur espoir ; Il font entrer dans leur parure Tout le goût qu’ils pensent avoir.

Dans le cercle de quelques belles Ils vont s’établir en vainqueurs ; Mais ils ont toujours auprès d’elles Plus d’aisance que de faveurs.

De toutes leurs bonnes fortunes Ils ne se prévalent jamais, Leurs maîtresses sont si communes, Que la honte les rend discrets.

Ils préfèrent, dans leur ivresse, La débauche aux plus doux plaisirs, Et goûtent sans délicatesse Des jouissances sans désirs.

Puissent la volupté, les grâces, Les expulser loin de leur cour, Et favoriser en leurs places La gaîté, l’esprit et l’amour !

Les déserteurs de la tendresse Doivent-ils goûter ses douceurs ? Quand ils dégradent la jeunesse, En doivent-ils cueillir les fleurs ?

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